Hierarchie d'un groupe d'ânes

J'emploi le terme de hierarchie, parce que personnellement je n'aime pas le terme de dominance, que j'estime mal utilisé par les humains, en application au monde animal.

Pour parler de hierarchie, voici un compte rendu de mes observations sur mon troupeau :

Présentation des principaux acteurs :

Myrtille 130cm, anesse 50% première arrivée à l'âge de 18 mois.

Punky, arrivé avec Myrtille à l'âge de 6 mois et mort après une torsion de l'estomac, à l'âge de 10 mois. J'ai marqué Punky dans mon troupeau bien qu'il ne soit plus là, parceque sa maladie, son hospitalisation et son départ, nous a permis de tisser avec Myrtille des liens spéciaux.

Charly, gigantesque ânon de 8 mois, arrivé pour tenir compagnie à Myrtille, cassé par des humains mal informés sur les ânes. J'ai du le placer rapidement chez un ami, au sein d'une troupeau structuré. Il me massacrait Myrtille et Cappuccino et les tenait à l'écart de nous.

Placé dans un premier temps avec un hongre et un entier  plus grands et costauds que lui, il a été très rapidement re-cadré et il a retrouvé des règles et comportements asins normaux qui lui ont ouvert la porte de la communauté asine. Sa ré-éducation terminée, il était habitué à son nouveau groupe, d'un accord commun avec cet ami, pour le bonheur de Charly, il est resté chez lui.

Cappuccino, mâle arrivé à l'âge de 10 mois, castré à l'âge de 18 mois. il a connu Charly et a aussi subi son mauvais comportement.

Crispy, mâle (castré à 3 ans après la naissance de son fils), vu et reservé chez un ami éleveur alors qu'il était juste âgé de 10 jours.

Klafouty, femelle (maman de Mikado), même éleveur que Crispy, elle n'avait que 15 jours.

J'ai eu la chance pour les deux, de pouvoir aller tous les jours m'occuper d'eux chez leur éleveur. C'est comme si je les avais eu dès leurs naissances.

Mikado, bébé mâle fils de Crispy et Klafouty, né dans mes bras le 7 janvier 2005.

Pompom, adopté à l'âge d'environ 16 ans, entier et castré 2 mois après son arrivée chez moi. Introduit dans un troupeau déjà bien soudé et paisible.

Crispy et Pompom sont malheureusement décédés (causes non indentifiées) en février 2009 à 3 semaines d'intervalles.

De ces différentes arrivées, départs, restructuration après castration et autres, j'ai pu observer les points suivants :

  1.  Un animal, dont l'humain ne respecte, ni le langage, ni ses codes, développe un comportement déviant avec les humains mais également avec ses congénères. Sans cadre clair et compréhensible pour lui, il se retrouve destabilisé et développe énormement d'angoisses. Cherchant à comprendre quelle est sa place et ce que l'on attend de lui, il devient violent et agressif.
  2. Un animal issu d'un troupeau équilibré, introduit dans un autre troupeau équilibré, avec un temps d'observation mutuelle chacun dans un pré, va rapidement trouver et prendre sa place sans vraiment de problème.

 

Déroulement d'une présentation entre un nouvel arrivant et le groupe.

Toute une série d'informations sont transmises par le langage corporel : la direction et l'intensité du regard, le mouvement des oreilles, le fouettage de queue, le déplacement dans l'espace.

Une fois la période de quarantaine passée, je présente le nouvel arrivant à mon âne meneur (Dominant au sens animalier) du troupeau, dans une partie du pré, si possible neutre.

Voici en 6 points la chronologie des différentes étapes :

  1. Le meneur se campe bien droit, tête haute, oreilles pointées vers l'avant, le regard porté sur le nouveau. La distance est assez grande entre eux. L'autre commence à se déplacer, tant qu'il reste à bonne distance, le meneur se contente de le suivre du regard et de l'accompagner dans son déplacement en conservant toujours la même distance.
  2. L'autre tente une approche : Le meneur le laisse approcher tout en lui signifiant la distance maximum à respecter. S'il fait mine de quand même dépasser cette distance, appelée aussi bulle de protection, il va lui envoyer un avertissement du postérieur et fait mine de botter. Si l'avertissement n'est pas écouté.
  3. Il passe à la phase suppérieur, mets ses oreilles en arrière tellement couchées qu'elle font un avec l'encolure et charge, antérieurs en avant, prêt à taper avec ceux-ci, s'il y est poussé.
  4. L'autre ne baste toujours pas : commence alors une poursuite, la nouveau étant pourchassé par le meneur du groupe, qui le suit d'aussi près que possible, quasi la tête posée sur sa croupe pour éviter de se prendre un coup de pied. Plus il est près, moins l'autre à de détente pour l'atteindre.
  5. La course poursuite s'eternise sans pour autant se terminer par l'abandon du nouveau. Bon, là, fini de rigoler. Le meneur se fâche pour de bon, accélère de toute sa ressource, remonte à hauteur de l'encolure de l'autre et lui choppe la base de l'oreille. Tenu de cette manière, le ptit nouveau peu difficilement riposter. Le meneur le contraint de tourner sur lui-même jusqu'à abandon de la partie.
  6. Parfois, un jeune irréductible pousse vraiment le bouchon trop loin, les choses peuvent alors se gâter très gravement pour lui. Le meneur va, en lui mordant les jambes à hauteur des genoux,  le faire tomber, puis une fois à terre, il va s'écraser de tout son poids sur sa tête. Un peu comme un combat de judo, et reste en appui jusqu'à immobilité totale de l'irréductible. Ce qui veut parfois dire, la mort !

Voilà, le déroulement complet, quand un nouvel arrivant ne comprend pas vite. En général, je crois qu'on ne dépasse pas l'étape deux.

Les miens vivent en toute amitié, chacun à son rôle. Cappuccino est celui qui gère en cas de conflits, qui remet un nouveau ou un jeune à sa place.

Myrtille est la porte parole, le clairon c'est elle.

Les mâles (entiers ou hongres) jouent toute la journée avec des  courses poursuites et des simulacres de combats, impossible à confondre avec un vrai combat quand on a vécu les deux.

Au moment des chaleurs de Myrtille et Klafouty, il n'y a pas de soucis, c'est chacun son tour. Ceci, même dans les périodes où hongres et entier se cotoyaient sur le même terrain avec les deux femelles.

Entre les femelles c'est tendresse et amitié. Moins de jeux, elles sont paisibles à brouter, un pétage de plombs de temps en temps. (Surtout en situations interdites...le jardin par ex.)

Chaque changement, aussi insignifiant nous semble-t-il, peut entraîner une restructuration dans le troupeau.

  • Ainsi, l'équilibre a du se remettre en place à la castration de Crispy. D'une entente tacite entre un entier et un hongre, ils sont passés à une espèce d'évalutation mutuelle. Changement hormonal chez Crispy, faiblesse momentanée aussi, dûe à l'opération, il est devenu l'élément à éventuellement écarter d'un troupeau par souci de protection du groupe. Cappuccino qui semble être celui qui prend les choses en main, qui gère quand il faut, a testé les aptitudes de Cripsy. Quelques jours chacun dans son pré à se courser de chaque coté du fil, à s'intimider. Puis une fois la convalescence terminée, les risques de complications liées à la castration écartés, je les ai remis ensemble. Le reprise en main s'est passée uniquement entre les deux, Cappuccino est passé direct aux étapes 5 et 6, Crispy mis à terre et l'histoire était close. L'entente est revenue  paisible et sereine. (Je précise que c'était sous ma surveillance et que j'interviens s'il y a danger pour l'un ou l'autre)
  • Et encore, à la puberté de Mikado, 14 mois, tonton Cappuccino a décidé qu'il était temps d'informer son neveu Mikado des bonnes règles de respect dans le troupeau. Il me l'a plaqué au sol par deux fois. Je pense que Mikado dépassait les bornes de l'acceptable. J'avais écrit cet article avant la castration de Mikado et me demandais de quelles manières la restructuration allait se passer cette fois-ci. Depuis, j'ai réévalué mes écrits et suis en mesure de répondre à cette question. Remis à sa place en son temps, par Cappuccino, la castration étant intervenue assez rapidement après cet épisode, il n'y a pas eu de révolution significative dans le groupe.

Dans ces deux cas, il m'a semblé que Cappuccino était passé directement aux étapes 5 et 6, mais il est tout à fait possible que je sois passée à côté des signaux avertisseurs et que je n'ai vu que la conclusion de l'action.

  • L' arrivée de Pompom a été un gros changement dans le troupeau. Installés depuis 3 ans dans leur environnement, troupeau de 5 individus qui se sont tous connus jeunes, habitués à être ensemble et solidaire "contre" un groupe de 4 shetlands et un cheval islandais, l'introduction d'un âne entier est à faire avec certaines précautions. Ce d'autant que Pompom avait été seul durant toute sa vie et de plus, pas toujours traité par l'humain avec tout le respect qu'un animal mérite. Par sécurité sanitaire, tout nouveau est tenu à une quarantaine. Outre l'aspect santé, celà permet une observation reciproque et une évaluation de la manière de faire les présentations. Ne cherchant pas à faire de la reproduction, il était évident que la castration de Pompom était impérative avant sa rencontre avec mes demoiselles. Période qui m'a aussi laissé le temps de lui apprendre mes règles, de mettre en place une  confiance et respect réciproques. Il est resté seul dans son pré, jusque 3 semaines après sa castration et puis un beau jour, il a décidé qu'il était temps pour lui de rejoindre le groupe. Quand je dis qu'il a décidé, c'est qu'il a sauté 4 rangs de fils électrifiés avec une aisance incroyable, sans rien casser. J'ai alors réalisé que s'il avait voulu rejoindre les femelles en étant entier, et bien il l'aurait fait de la même manière. C'est à cette occasion que j'ai pu suivre avec intérêt les étapes décrites ci-dessus.
  • Il m'a aussi été donné d'observer une restructuration hierarchique très intéressante, malheureusement dans des circonstances assez dramatiques. Cappuccino, a un jour, reçu un coup de corne de notre bouc dans l'oeil. L'oeil a été transpercé et il a perdu la vue du côté gauche. Affaibli par la douleur et diminué par le handicap, les 4 autres l'ont immédiatement rejeté, écarté du groupe. Alors même qu'il avait jusqu'alors toujours tenu le troupeau en équilibre, il était devenu source de danger pour eux. Ils le rejettaient mais par contre, aucun ne s'est avancé pour reprendre sa position et pendant un temps, c'était tout et n'importe quoi, baston et cie. Très souvent avec eux dans le pré pour soigner l'oeil de Cappuccino, je me suis retrouvée à devoir mettre de l'ordre au milieu de tous et également protéger Cappuccino et surveiller qu'il ait accès au foin.. Pendant toute cette période, Cappuccino venait appuyer son côté aveugle contre moi, comme si je devenais sa canne blanche et il se servait de moi pour reprendre SA position. Très vite, il a repris du poil de la bête et s'est imposé aux autres pour leur prouver qu'il était toujours apte à tenir son rôle de meneur, avec mon soutien pendant le temps de la cicatrisation et puis tout seul quand il s'est senti suffisamment fort dans sa tête à nouveau.

©Alm-Âne-Ach 2006-2011

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